Un camion frigorifique sur dix tourne encore au gasoil sur les routes françaises. Ce n’est pas qu’une statistique : c’est le signe d’une dépendance persistante, alors même que d’autres options sont disponibles. Le secteur pèse lourd dans le bilan carbone du transport routier et, avec la multiplication des flux, les émissions de gaz à effet de serre s’accumulent.
Certaines normes européennes imposent des plafonds stricts d’émissions, mais l’application, elle, varie d’un territoire à l’autre et d’un type de véhicule à l’autre. Les labels environnementaux dédiés au transport frigorifique restent rares. Résultat : les technologies plus propres progressent lentement, freinées par le manque de reconnaissance et d’incitations claires.
A découvrir également : Pourquoi choisir un service d'impression en ligne pour vos besoins personnalisés ?
Le transport frigorifique face aux défis environnementaux
La logistique du froid traverse une zone de turbulences. Hausse du coût de l’électricité, durcissement des réglementations, montée en flèche des critères RSE : le secteur doit composer avec des contraintes inédites. Pour les transporteurs, la réduction des émissions n’est plus un choix mais une nécessité. Les modèles économiques sont repensés, les outils ajustés pour suivre une courbe énergétique instable.
Le marché français, c’est près de 150 000 véhicules frigorifiques, soit 10 % du trafic routier. Ce volume donne la mesure du défi écologique. Les groupes majeurs, comme STEF, Sofrilog ou Olano, accélèrent la concentration : fusions et acquisitions s’enchaînent. Malherbe a mis la main sur L’Étoile Routière, Mousset a absorbé les Transports Salesky, Geodis multiplie les rachats stratégiques. Derrière ces mouvements, une logique : gagner en taille pour investir dans des flottes plus efficaces et moins polluantes.
A lire également : BPO : définition de l'inbound dans les services externalisés
SLT, membre du BH Groupe, incarne cette évolution à sa manière. Avec 30 unités frigorifiques, l’entreprise dessert l’agroalimentaire, la chimie, la pharmacie. Formation des chauffeurs, respect strict des normes ATP et HACCP, éco-conduite, renouvellement du parc : tout est passé au crible. Les solutions à faibles émissions gagnent du terrain, portées à la fois par l’innovation et la pression des clients qui exigent une traçabilité irréprochable.
La vague verte favorise la taille critique mais impose une adaptation constante : renouveler les véhicules, intégrer les nouvelles technologies, revoir le portefeuille clients. Les grands acteurs élargissent leur présence, diversifient leurs services, tandis que l’innovation s’immisce dans tous les rouages de la chaîne logistique du froid.
Pourquoi l’empreinte écologique des camions frigorifiques questionne le secteur
La maîtrise de la chaîne du froid reste un pilier pour la sécurité alimentaire. Mais derrière ce pilier se cache une réalité énergétique lourde. Les camions frigorifiques, camions, semi-remorques, conteneurs, consomment doublement : il faut de l’énergie pour avancer, et pour maintenir le froid. Sur le territoire, les 150 000 véhicules dédiés constituent un poids non négligeable : 10 % du trafic routier et une empreinte carbone qui ne cesse d’interpeller les professionnels.
Voici comment se répartissent les flux transportés :
- 90 % concernent les produits alimentaires : fruits, viandes, produits laitiers, surgelés.
- 6 % relèvent du secteur pharmaceutique, où la traçabilité et la stabilité des températures sont non négociables.
La question des émissions de gaz à effet de serre reste au cœur des débats. Les groupes frigorifiques thermiques, peu réputés pour leur sobriété, restent la norme, et la télématique embarquée n’allège pas la facture énergétique. Les transporteurs avancent sur une ligne de crête : garantir la température dirigée, assurer la sécurité, tout en tentant de réduire les émissions.
La filière répond par une montée en gamme des équipements : sondes, enregistreurs, télématique embarquée. Mais chaque innovation technique complexifie la gestion énergétique. Les véhicules frigorifiques deviennent le terrain d’expérimentation d’un secteur qui cherche un équilibre entre performance technique et responsabilité écologique. Le vrai défi : abaisser le fardeau environnemental sans jamais lâcher la sécurité du transport.
Innovations et alternatives : camions électriques, carburants propres et nouvelles technologies
Le transport frigorifique s’adapte à marche forcée. Entre pression réglementaire, flambée du coût de l’énergie et exigences accrues des clients, les transporteurs sont contraints de renouveler leur flotte de véhicules. Sur le terrain, les majors comme STEF, Jacky Perrenot ou STG multiplient les essais. Les camions électriques s’imposent sur les trajets courts, grâce à l’évolution rapide des batteries, mais l’autonomie limite encore leur usage sur longues distances.
L’hydrogène attire l’attention, notamment via le programme Hygo de Chéreau. Avantage : pas d’émission directe et capacité d’alimenter aussi bien la traction que le groupe froid. D’autres alternatives se développent : gaz naturel (GNV, bioGNV), biocarburants, B100 ou XTL testés par le groupe Eychenne, qui offrent flexibilité et rapidité de mise en œuvre. Les remorques frigorifiques intègrent des panneaux solaires pour alimenter les groupes froids ou recharger les batteries embarquées.
La mutation ne s’arrête pas au choix du carburant. Les équipementiers, Lamberet, Carrier Transicold, Thermo King, réinventent l’isolation, l’aérodynamisme, l’efficacité des groupes froids. Les solutions connectées, via la télématique (Webfleet, SOPAC), affinent la gestion de la chaîne du froid et optimisent chaque trajet. La filière progresse par ajustements successifs, chaque avancée permettant de mieux concilier logistique performante et réduction des émissions.
Labels, certifications et bonnes pratiques pour une filière plus éco-responsable
La filière du transport frigorifique construit sa transformation sur des repères solides. Les labels et certifications balisent la montée en puissance de la responsabilité environnementale. ATP, HACCP, IFS, Règlements 852/2004 et CE 178/2002 : ces standards s’imposent à tous, PME ou groupes paneuropéens, pour garantir la maîtrise de la chaîne du froid et la sécurité sanitaire, tout en intégrant la question des émissions dans leur organisation quotidienne.
Le label Objectif CO2, décerné par l’ADEME, met en avant les transporteurs qui s’engagent à limiter leur empreinte carbone et à optimiser leur efficacité énergétique. Le Groupe Eychenne en est un exemple, combinant recours au rail-route, énergies alternatives et gestion fine de sa flotte. La lutte contre les contaminations croisées, surtout en agroalimentaire, exige une gestion rigoureuse des mélanges de produits et une traçabilité sans faille. Les Bonnes Pratiques d’Hygiène (BPH) et la certification HACCP sont là pour encadrer, loin de toute improvisation.
Les exigences augmentent aussi du côté des donneurs d’ordre. Les grands clients, s’appuyant sur les initiatives du Club Déméter, traquent chaque gramme de CO2 sur la chaîne logistique. Optimisation des chargements, formation à l’éco-conduite, organisation des tournées : tout passe au peigne fin. Les bonnes pratiques se diffusent, stimulées par la vigilance réglementaire et la compétition. Le secteur évolue pas à pas, chaque progrès opérationnel s’alignant sur les contraintes environnementales.
Le camion frigorifique ne se contente plus d’acheminer des marchandises : il devient le symbole d’une filière qui ose remettre en question ses pratiques et tracer un cap vers un transport plus sobre. L’avenir du froid se joue désormais sur la route, au croisement de l’innovation et de la responsabilité collective.